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14 septembre 2026Il y a des diagnostics qui arrivent au pire moment, comme si la maladie savait choisir sa date. Pour Stéphanie Retailleau, ce fut l’automne 2020, quelques semaines avant ses 40 ans : un cancer du sein bilatéral, découvert presque par hasard. Ancienne coiffeuse et perruquière de métier, elle connaît déjà, mieux que quiconque, ce que la chimiothérapie s’apprête à lui prendre. Pas seulement des cheveux. Une part de ce qu’elle reconnaît d’elle-même dans le miroir. Face à cette perspective, elle refuse de subir et choisit d’anticiper, sans se douter qu’elle est en train d’inventer, dans sa salle de bain, un objet qui allait changer le quotidien de centaines d’autres femmes.
De la salle de bain à l’atelier, la naissance d’une idée
Avant même que ses cheveux ne commencent à tomber, Stéphanie décide de les couper. Plutôt que de les jeter, elle les fixe sur une bande de tissu, pensée pour se porter sous un turban. Le résultat la surprend elle-même tant il paraît naturel, au point de faire douter son oncologue, persuadé qu’elle n’avait pas encore perdu ses cheveux. Son entourage, lui aussi, s’y laisse prendre. Parmi les personnes bluffées par cette création artisanale, une amie et voisine, Alice Rouet, issue du monde de la communication, qui perçoit immédiatement tout le potentiel de l’idée et pousse Stéphanie à la partager au-delà de son propre cas. En mars 2022, les deux Vendéennes fondent officiellement Les Pas d’Chichi, installées aux Herbiers, en Vendée.
Derrière cette invention se cache une conviction simple : une perruque classique, même en cheveux naturels, ne résout pas tout. Certaines patientes racontent avoir eu l’impression de porter les cheveux de quelqu’un d’autre, ou pire, de ne plus être reconnues par leurs propres enfants. Le Pas d’Chichi répond à un besoin différent, celui de continuer à se reconnaître, et d’être reconnue, pendant l’épreuve des traitements.

Comment se fabrique un Pas d’Chichi
Chaque prothèse est confectionnée à la main, à partir des propres cheveux de la cliente. Le principe : choisir d’abord un modèle de turban parmi la gamme proposée, envoyer des photos de sa coupe habituelle, puis faire parvenir ses cheveux à l’atelier avant qu’ils ne tombent. Entre la réception des cheveux et l’envoi du produit fini, il faut compter une dizaine de jours à deux semaines, un délai volontairement resserré tant la chute peut être rapide selon les traitements. Lorsque la matière ne suffit pas, l’atelier complète avec des dons de cheveux, envoyés spontanément par des femmes solidaires, triés avec soin et acceptés à partir de 30 centimètres.
Une fois livré, un Pas d’Chichi se traite comme de vrais cheveux : il se lave, se lisse, se coiffe selon les habitudes de chacune. De quoi retrouver, au milieu de traitements qui bouleversent tout, quelques gestes simples et familiers.
L’agrément qui change tout
Longtemps, le frein principal restait le prix. Un Pas d’Chichi coûte autour de 500 euros, une somme que toutes les femmes ne peuvent pas engager en plus des frais déjà liés à la maladie. Alice Rouet et Stéphanie Retailleau se lancent alors dans une démarche longue et technique auprès de la Haute Autorité de Santé, dont la commission d’évaluation des dispositifs médicaux examine chaque année plusieurs centaines de dossiers avant de se prononcer sur un éventuel remboursement. Épaulées bénévolement par un cabinet spécialisé pour surmonter le jargon administratif du dossier, les deux fondatrices reçoivent enfin, en novembre 2024, la réponse tant espérée : le Pas d’Chichi est reconnu dispositif médical et pris en charge à hauteur de 250 euros par l’Assurance Maladie.
L’effet est immédiat sur l’activité de la petite entreprise, qui passe d’une dizaine à une vingtaine de commandes mensuelles en moyenne. De quoi, enfin, permettre aux deux associées de se verser un salaire, après plusieurs années où l’aventure tenait davantage de la conviction que du calcul.
Une reconnaissance qui dépasse le cadre vendéen

L’histoire des Pas d’Chichi a depuis dépassé les frontières de l’atelier. Le concept a été distingué par un prix de l’innovation lors d’un salon professionnel de la coiffure à Paris, ainsi que par un Grand Prix de l’Innovation dans la catégorie matériel et accessoires, et a fait l’objet d’un reportage dans l’émission Le Mag de la Santé sur France 5. Au-delà de la prothèse elle-même, les deux fondatrices ont construit un blog où se croisent conseils pratiques et témoignages, pensé pour que les femmes concernées se sentent moins seules face aux questions que soulève la maladie. Des affiches et des flyers sont également présents dans plusieurs établissements hospitaliers, afin que les patientes découvrent cette alternative au moment où elles en ont besoin.
En France, le cancer du sein touche chaque année plus de 61 000 femmes, soit une femme sur huit au cours de sa vie, selon les chiffres de l’Institut National du Cancer. Un chiffre qui donne toute sa mesure au travail d’Alice Rouet et Stéphanie Retailleau : offrir, à celles qui traversent cette épreuve, un moyen simple de continuer à se reconnaître dans le miroir. Découvrir Les Pas d’Chichi et commander sa prothèse.




