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13 mai 2026Installée à Poitiers depuis 2022, la start-up Research PIECES développe des modèles précliniques biologiques en 3D pour accélérer la découverte de traitements contre les maladies neurologiques. Sa fondatrice, le Dr. Amandine Roux, neuroscientifique formée à l’Institut du Cerveau de Paris et aux États-Unis, revient sur une ambition aussi scientifique que médicale : offrir enfin au chercheur les outils qu’il n’avait pas.
Un constat qui a tout déclenché
Plus de 90 % des candidats médicaments échouent avant d’atteindre les patients. Ce chiffre, connu dans le milieu pharmaceutique, résume à lui seul l’ampleur du problème auquel Research PIECES entend s’attaquer. En cause, notamment, des modèles expérimentaux insuffisamment représentatifs de la réalité biologique du cerveau humain. Trop simplifiés pour reproduire la complexité du tissu nerveux, ils ne permettent pas de prédire avec fiabilité ce qui se passera réellement chez l’être humain.
C’est ce hiatus, observé de l’intérieur pendant des années de recherche, qui a poussé le Dr. Amandine Roux à fonder Research PIECES en juillet 2022. Docteure en neurosciences, elle a travaillé cinq ans à l’Institut du Cerveau à Paris, sur le site de la Pitié-Salpêtrière, avant de poursuivre six ans en tant que post-doc et associée de recherche au Michigan, aux États-Unis, sur les maladies neurodégénératives et en particulier sur la maladie de Parkinson. De ce parcours, elle tire une conviction : sans modèles robustes et transférables, la recherche de traitements efficaces restera une course ralentie par ses propres outils.
Qu’est-ce qu’un modèle biologique en 3D, concrètement ?

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistent vos « 3D-Living Systems » ?
Nos modèles précliniques biologiques en 3D sont physiologiques, vivants et générés à façon, selon les besoins précis de chaque chercheur ou industriel. Ils conservent la complexité du tissu nerveux réel : tous les types cellulaires coexistent, neurones et cellules gliales notamment, dans une organisation qui maintient la structure 3D du cerveau ou de la moelle épinière. C’est ce que nous désignons par l’expression « 3D-Living Systems ».
Ces modèles permettent de mieux comprendre la physiologique du système nerveux central, pour trouver les futures molécules thérapeutiques contre les maladies neurologiques comme les maladies neurodégénératives, le cancer (glioblastome), les maladies infectieuses, les maladies rares, etc. Ce qui les distingue fondamentalement des autres modèles, c’est leur caractère à présenter les avantages de l’in vitro (dynamique) et de l’in vivo (intégré et physiologique) sans les inconvénients, tout en réduisant drastiquement le nombre d’animaux utilisé en recherche. Modèles intermédiaires pour disséquer les mécanismes à l’échelle moléculaire, cellulaire et tissulaire, ils se situent entre les systèmes in vitro plus basiques et permettent de dérisquer le passage in vivo, règlementairement encore obligatoire à ce jour. A la différence des organoïdes et du bioprinting, ils conservent la complexité physiologique à la base de la fonctionnalité du système nerveux central (avec toutes les interactions cellulaires et la composition lipidique).
Il s’agit de modèles « organotypiques + » sur mesure de système nerveux qui conservent la structure en 3D, la réelle complexité du système nerveux central et l’âge des pathologies. Les systèmes organotypiques ne sont pas nouveaux en soit, l’innovation, c’est ce que nous en avons fait. En effet, nos modèles sont maintenus en vie en culture pendant plus de quatre semaines tout en préservant l’ensemble des cellules, dont la microglie, cellule gliale fondamentale (sans équivalent sur le marché). Une durée qui permet des analyses longitudinales que les autres modèles ne rendent tout simplement pas possibles.
À qui s’adressent ces modèles ?
Nos travaux s’adressent à plusieurs types d’acteurs. L’industrie pharmaceutique utilise nos modèles pour le criblage de molécules, la validation de cibles thérapeutiques et les tests de toxicité. Le monde académique y trouve des outils pour comprendre plus finement les mécanismes du système nerveux central. Nos modèles peuvent aussi servir à l’industrie vétérinaire, à la défense pour la recherche d’antidotes contre les neurotoxines, et au secteur de la cosmétique pour les questions de sensibilité cutanée.
Nos 3D-Living Systems permettent également de mesurer l’impact de l’environnement sur le système nerveux central : pesticides, facteurs endocriniens, neurotoxines, facteurs physiques comme les fréquences, les ultrasons ou les ultraviolets. C’est un champ de recherche qui prend une importance croissante face aux inquiétudes sur les effets à long terme des polluants.
Une alternative sérieuse à l’expérimentation animale
Research PIECES s’inscrit dans le cadre des « New Approach Methods » (NAM), une catégorie d’outils scientifiques reconnus pour leur capacité à suivre la règle des « 3R » : Réduire, Remplacer et Raffiner l’usage des animaux dans la recherche, un cadre promu notamment par la Commission européenne.
L’expérimentation animale reste une exigence réglementaire avant le passage en clinique, et Research PIECES ne le nie pas. Mais ses modèles permettent de réduire drastiquement le nombre d’animaux nécessaires en amont, en filtrant bien plus tôt les molécules qui n’ont aucune chance d’aboutir.
La start-up propose une alternative physiologique intégrée, robuste et translatable unique pour le système nerveux central, permettant de réduire les échecs en essais cliniques.
Moins d’animaux utilisés pour davantage de données robustes et translatables : c’est la promesse que les premiers retours clients confirment.
Des modèles sur mesure, une flexibilité inédite

La plateforme de Research PIECES repose sur une modularité poussée. Le chercheur peut choisir la zone d’intérêt cérébrale, cortex ou cervelet par exemple, le format des échantillons, le nombre d’échantillons par puits, l’espèce, l’épaisseur du tissu, son orientation, et même sa nature, vivant, fixé ou congelé. Il est possible de travailler sur du tissu de type sauvage ou sur des modèles transgéniques.
Ces systèmes sont compatibles pour la vectorisation, notamment avec l’utilisation d’AAV ou de lentivirus, l’ajout de molécules (oligonucléotides, ARN messager, etc.) et permettent d’induire des mécanismes pathologiques ciblés, cancérisation, dégénérescence neuronale. Trois offres structurent l’activité : la génération de modèles sur mesure, des prestations de service comme les tests de toxicité réalisés directement en interne sur les molécules envoyées par les clients, et le design de protocoles expérimentaux adaptés.
Des soutiens solides et une dynamique internationale en construction
Labellisée Deeptech par Bpifrance, Research PIECES bénéficie de son soutien depuis ses débuts, ainsi que de la Région Nouvelle-Aquitaine, de la mutuelle Mutualia Alliance Santé et d’autres partenaires locaux. Une deuxième phase d’accompagnement de Bpifrance, axée sur la scalabilité et la solidité économique du modèle, est désormais en cours. La start-up est également accréditée par la MIMS, Maison de l’Innovation et de la Médecine Spécialisée et membre de la FrenchTech Bordeaux.
Présents lors des Innovative Therapies Days à Besançon les 9 et 10 octobre, ainsi qu’au BioFIT à Strasbourg les 2 et 3 décembre 2025 sur le stand de l’AFSSI, Research PIECES a remporté le Challenge Innovation lors de Rendez-vous Carnot en octobre dernier, dans la catégorie Santé, porté par Servier. Ce prix lui ouvre les portes de l’incubateur Spartners, de Servier et Biolabs sur le campus de Paris Saclay, pour un hébergement débutant en juin 2026.
Sa première phase de R&D s’est achevée début 2024, donnant lieu aux premiers produits commercialisables. Les retours des clients industriels et académiques sont positifs. L’objectif à court terme est d’élargir la visibilité, de recruter, de participer aux grands congrès internationaux et de nouer des partenariats avec des plateformes académiques et des consortia de recherche européens.
En parallèle de son activité principale de R&D, Research PIECES a aussi pour mission de sensibiliser le grand public à la recherche, au développement et au traitement. C’est ainsi que le Dr. Amandine Roux a animé une conférence grand public co-organisée par Mutualia, le 8 avril 2026 à Arras.
L’année 2026 est celle du développement à l’international. Research PIECES a fait partie des des 10 sociétés sélectionnées par Business France pour représenter la Biotech française de la santé lors de la 1e édition des Swiss Biotech Days à Bâle. La marque Research PIECES® a aussi été acceptée aux USA en avril. Research PIECES fait aussi partie des sociétés sélectionnées pour intégrer le Booster Amérique du Nord pour aller à la rencontre de l’écosystème canadien et américain.
Plusieurs congrès et participations à venir, dont les AIS à Montpellier (30 juin-1er juillet) en partenariat avec les AFSSI Connexions et le Colloque « organoïdes de nouvelle génération » à Poitiers le 2 juillet.
L’ambition à long terme, clairement posée par sa fondatrice, est de contribuer à l’éradication des maladies neurodégénératives et des cancers.





