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10 juin 2026Vieillissement et sante urinaire : un enjeu trop souvent minimise
Avec l’age, la prostate grossit naturellement, sans lien avec un processus cancereux : on parle d’hyperplasie benigne de la prostate (HBP), plus connue sous le nom d’adenome prostatique. Quand ce tissu glandulaire comprend l’uretre, il engendre ce que les cliniciens designent par l’acronyme SBAU : troubles du bas appareil urinaire. Jet urinaire affaibli, envies pressantes, nuits entrecoupees de levers repetitifs, sensation de vidange incomplete… Ces symptomes, tres courants apres la cinquantaine, deteriorent progressivement le sommeil, la vie sociale et intime, et plus largement la qualite du vieillissement.
Bien vieillir avec sa prostate suppose donc de trouver une prise en charge qui soulage durablement, sans sacrifier l’autonomie ni la fonction sexuelle, et en limitant au maximum les effets indesirables. C’est precisement dans cette logique que s’inscrit l’embolisation des arteres prostatiques (EAP).
L’embolisation des artères prostatiques : de quoi s’agit-il ?
L’EAP, ou prostatic artery embolisation (PAE) en anglais, appartient au domaine de la radiologie interventionnelle. Le principe : par un unique point de ponction situe au niveau du pli de l’aine ou du poignet, le radiologue catheterise selectivement les arteres irriguant la prostate, puis injecte de minuscules particules calibrees, les microspheres. En reduisant cet apport sanguin, on provoque une diminution du volume de l’adenome par ischemie controlee, ce qui leve progressivement l’obstruction et ameliore les symptomes.
Tout au long du geste, une angiographie permet de verifier en temps reel le ciblage et d’emboliser uniquement les territoires cibles, en preservant les structures voisines. L’intervention est realisee sous anesthesie locale et se deroule le plus souvent en ambulatoire.
Les benefices thérapeutiques

Une procédure peu invasive et bien toléree
Realisee sous anesthesie locale, l’EAP autorise un retour rapide a domicile. Autre avantage non negligeable pour les patients ages ou sous traitement au long cours : elle ne necessite generalement pas l’arret d’un anticoagulant, ce qui la rend particulierement adaptee aux profils polypathologiques.
Une efficacité validée par un essai randomise français
L’essai clinique PARTEM, conduit a l’HEGP (AP-HP) sous la direction des Professeurs Marc Sapoval et Nicolas Thiounn et publie dans The Lancet Regional Health – Europe en 2023, a compare l’EAP a une bitherapie medicamenteuse chez des patients presentant un adenome de taille moderee a volumineuse, en echec de traitement medical. Les resultats sont significatifs :
- Le score symptomatique IPSS a diminue de 10 points dans le groupe EAP, contre 5,7 points dans le groupe traitement medical.
- Le score de fonction erectile IIEF-15 a progresse de 8,2 points chez les patients embolises, tandis qu’il se degradait dans le groupe sous medicaments.
- A 24 mois, seuls 5 patients du groupe EAP ont necessité un traitement invasif complementaire, contre 18 dans le groupe medicamenteux.
Un taux de succès technique éleve
La litterature scientifique rapporte un succes technique compris entre 90 et 98 %, et plus de 75 % des patients beneficient d’une amelioration clinique mesurable a un an.
La préservation de la fonction sexuelle
Contrairement aux techniques chirurgicales de reference, l’EAP expose a un risque tres faible d’ejaculation retrograde. Cet avantage la positionne comme une option de choix pour les hommes jeunes encore sexuellement actifs, chez qui la preservation de cette fonction est une priorite.
Une indication élargie
L’EAP s’adresse aussi bien au patient jeune soucieux de preserver sa sexualite qu’au patient age ou fragilise pour lequel une anesthesie generale ou une chirurgie classique presente un risque eleve, voire une contre-indication.
Pour qui ? Criteres et bonnes indications
L’embolisation prostatique est indiquee en cas de symptomes moderes a severes lies a l’HBP, apres echec ou intolerance du traitement medical. Elle se revele generalement plus efficace au-dela d’un volume prostatique de 40 mL, avec un benefice optimal pour les grosses prostates. Elle n’est en revanche pas adaptee aux adenomes compliques (lithiase intravesicale, residu post-mictionnel chronique important ou retentissement sur le haut appareil urinaire), et reste plus limitee pour les volumes tres importants.
L’indication est toujours posee en concertation pluridisciplinaire avec l’urologue, dans le cadre d’une demarche graduee et apres un bilan urologique complet, conformement aux recommandations de l’Association Francaise d’Urologie (AFU).
Effets indesirables possibles
L’EAP est globalement bien toleree. Certains patients presentent de facon transitoire des douleurs pelviennes, une gene urinaire ou une difficulte temporaire a uriner, des symptomes generalement controles par des antalgiques et des alpha-bloquants. Comme pour toute procedure utilisant un produit de contraste iode, une allergie verifiee a l’iode ou une insuffisance renale severe imposent des precautions specifiques.
Une reconnaissance institutionnelle acquise en 2025
Longtemps classifiee comme technique emergente, l’EAP a franchi un cap decisif : elle figure desormais, pour la premiere fois, dans les recommandations officielles de l’AFU publiees en 2025, aux cotes des techniques endoscopiques et chirurgicales habituelles. Cette inscription consacre un niveau de preuve suffisant et integre pleinement la radiologie interventionnelle dans l’algorithme de prise en charge de l’HBP.
En conclusion
L’embolisation des arteres prostatiques offre une alternative serieuse, mini-invasive et ambulatoire pour traiter durablement les troubles urinaires lies a l’adenome, tout en preservant la fonction sexuelle. Validee par un essai randomise de haut niveau et reconnue par les recommandations francaises depuis 2025, elle represente une option precieuse dans le parcours de soin urinaire masculin, a condition d’etre proposee au bon patient, au bon moment, et en etroite collaboration avec l’equipe urologique.
Sources
Sapoval M, Thiounn N, et al. (PARTEM study group). Prostatic artery embolisation versus medical treatment (PARTEM). The Lancet Regional Health – Europe, 2023.
Societe Francaise de Radiologie (SFR) – Embolisation de la prostate pour l’HBP.
Association Francaise d’Urologie (AFU) – Recommandations de bonne pratique clinique, traitement de l’HBP, mise a jour 2025.
AP-HP / Universite Paris Cite – L’embolisation des arteres prostatiques : une approche therapeutique nouvelle.
Sang Thrombose Vaisseaux, 2024. Traitement endovasculaire par embolisation de l’HBP. DOI : 10.1684/stv.2024.1283.




