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6 mars 2026Il y a des adresses qu’on ne raconte pas vraiment, on les chuchote. L’Herboristerie de Louise, nichée entre le haut et le bas de Saint-Gilles à deux pas de la Barrière, est de celles-là. Une boutique qui sent le vrai : les plantes sèches, les hydrolats, l’encens végétal. Et au comptoir, Louise Dimanche, herboriste de métier et de vocation, qui vous regarde dans les yeux avant même de regarder vos symptômes.
Une pharmacienne pour mère, des insectes pour maîtres
Louise Dimanche a grandi à la campagne, dans le sillage d’une mère pharmacienne et elle-même herboriste, qui lui a très tôt murmuré que les médicaments, au fond, venaient des plantes. Cette phrase, prononcée un après-midi derrière le comptoir de l’officine familiale, a tracé une ligne invisible que Louise n’a jamais vraiment quittée.
Mais avant les plantes, c’est l’entomologie qui l’a saisie. Bénévole dans une association de protection des insectes, elle récupérait des phasmes, des mantes religieuses, des scarabées. Elle en faisait même des œuvres plastiques. Une sensibilité au vivant, au petit, à ce qu’on ne remarque pas, qui irrigue encore aujourd’hui sa façon de travailler.
Arrivée à Bruxelles, elle se forme successivement à la photographie, puis à l’herboristerie à l’EFP, centre bruxellois de formation en alternance basé à Uccle. Elle résume le dilemme avec un sourire : « C’était soit j’ouvrais une galerie photo, soit une herboristerie. Mais j’aime quand même un peu plus les plantes que la photo. » Voilà comment, en janvier 2017, L’Herboristerie de Louise a ouvert ses portes avenue Paul Dejaer.

Une herboristerie, mais la plus traditionnelle possible
La boutique ressemble à Louise : sans chichis, sans mise en scène, sans cosmétiques de grandes marques bio alignés comme des soldats. « Je ne me reconnais pas dans ces magasins où l’on trouve des produits à perte de vue. Ce qui m’intéresse, c’est le lien avec les clients. J’ai besoin de voir les personnes, d’écouter comment elles parlent, d’observer comment elles bougent. »
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle n’a pas de site de vente en ligne. L’émotionnel est central dans sa pratique. Avant de recommander quoi que ce soit, Louise pose des questions, beaucoup de questions. Elle cerne ce qui affecte vraiment la personne en face d’elle. Ce n’est pas un protocole appris, c’est une posture.
Sur les rayonnages : des huiles essentielles, des hydrolats, des compléments alimentaires, de la gemmothérapie, des shampoings solides, des fleurs de Bach, des produits ménagers naturels, des macérats. Et des plantes en vrac, bien sûr, brutes, odorantes, belges quand c’est possible. L’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) encadre en Belgique l’usage des plantes médicinales, un cadre que Louise connaît sur le bout des doigts.

Les tisanes sur mesure : l’art du mélange juste
L’une des fiertés de l’herboristerie, ce sont ses tisanes personnalisées. Pas des sachets standards. Des assemblages réfléchis, construits autour d’un besoin précis. Parmi les créations de Louise, trois ont trouvé leur public :
« OLGA la tonique », aux notes d’ortie, de cassis et de menthe poivrée — un coup de fouet doux pour les matins difficiles. « ZOÉ la cocooning », framboisier, rose et marjolaine, pour les fins de journée qui méritent un cocon. Et « Camille l’apaisante », à la verveine, à l’aubépine et à la marjolaine, pour accompagner le lâcher-prise. Ces formulations s’appuient sur des plantes dont les propriétés sont documentées : l’ortie est bien connue pour ses vertus reminéralisantes, la marjolaine pour ses effets relaxants, et l’aubépine fait partie des plantes dont l’INSERM reconnaît l’intérêt dans la gestion du stress et du sommeil léger.
Filières courtes : une éthique qui ne transige pas
Louise Dimanche est commerçante, et elle le sait. Mais elle refuse de vendre n’importe quoi à n’importe quel prix. Pendant six ans, elle n’a pas vendu de charbon végétal, parce que celui qu’elle trouvait venait de Taïwan, sans aucune information sur la production. Elle a attendu. Et aujourd’hui, elle s’approvisionne auprès d’une forêt raisonnée française qui lui propose un produit traçable, abordable, fiable.
Elle déplore que l’industrie ait infiltré même le monde des plantes : des grossistes qui vendent de la verveine sans odeur, des feuilles noircies, des qualités dégradées. « Je préfère ne pas vendre que de commercialiser quelque chose de mauvaise qualité. » Ses fournisseurs sont belges, bruxellois ou français lorsque le produit ne se trouve pas localement. Chaque année, elle écoule entre 15 et 20 kilos de feuilles de framboisier et près de 40 kilos de fenouil.
Cette exigence s’inscrit dans une philosophie d’économie circulaire et de circuits courts que les autorités sanitaires belges encouragent de plus en plus dans la filière des produits naturels.
Ateliers et espace : apprendre à se soigner autrement
Juste à côté de la boutique, L’espace propose des ateliers et des formations ouverts à tous : cosmétiques bio maison, initiation aux plantes médicinales, dynamique zéro déchet. Une façon de prolonger la rencontre au-delà du comptoir et de transmettre une autonomie réelle dans le soin naturel quotidien.
Ces ateliers rencontrent un public fidèle, curieux, souvent déjà convaincu que le bien-être ne s’achète pas en grande surface. Et Louise y retrouve ce qu’elle aime le plus dans son métier : « Donner un conseil et qu’il marche. Revoir quelqu’un qui est ému et qui te remercie en te faisant un câlin, c’est génial. »

Protéger un métier qui ne l’est pas encore assez
En Belgique, le titre d’herboriste n’est pas une profession réglementée au sens strict. Légalement, toute personne ayant validé des compétences de gestion de base peut ouvrir une herboristerie. Une situation qui préoccupe Louise, au point qu’elle a co-fondé l’Union des Herboristes de Belgique (UHB) avec d’autres professionnels du secteur.
L’UHB milite pour un cadre juridique plus clair, une meilleure transparence sur les plantes médicinales et leur législation, et surtout une protection réelle du consommateur. Une démarche qui s’aligne avec les travaux de l’AFMPS sur la réglementation des substances végétales à usage humain.
Car derrière le comptoir d’une herboristerie, ce n’est pas de la vente de tisanes. C’est un acte de santé. Et Louise Dimanche, qui collabore désormais régulièrement avec des médecins généralistes et des pharmaciens, le sait mieux que quiconque.
Questions- Réponses
Vous avez ouvert en 2017 alors que le métier d’herboriste était encore peu connu. Qu’est-ce qui vous a poussée à sauter le pas ?
« C‘était soit j’ouvrais une galerie photo, soit une herboristerie. Mais j’aime quand même un peu plus les plantes que la photo, alors j’ai ouvert mon espace. » La réponse est directe, presque désarmante. Derrière la légèreté du ton, il y a une conviction profonde héritée d’une mère pharmacienne qui lui avait soufflé, enfant, que les médicaments venaient des plantes.
Ce qui vous distingue des autres boutiques de produits naturels, c’est quoi exactement ?
« Je voulais avoir une herboristerie la plus traditionnelle possible. Je ne me reconnais pas dans ces magasins où l’on trouve des cosmétiques de grandes marques bio à perte de vue. Ce qui m’intéresse, c’est le lien avec les clients. J’ai besoin de voir les personnes, d’écouter comment elles parlent, d’observer comment elles bougent. »
Et ce qui vous donne envie de continuer, après toutes ces années ?
« Ce que je préfère dans mon travail, c’est donner un conseil et qu’il marche. Revoir quelqu’un qui est ému et qui te remercie en te faisant un câlin, c’est génial. »



