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OncoDiag révolutionne le suivi du cancer de la vessie avec un test urinaire non invasif
Installée à Miserey, près d’Évreux, cette société de biotechnologie vient d’obtenir le marquage CE pour Urodiag®, le premier test français de suivi du cancer de la vessie basé sur un échantillon d’urine. Après plus de dix ans de recherche, ce dispositif pourrait transformer le parcours de soins des quelque 13 000 à 20 000 patients diagnostiqués chaque année en France.
Un cancer silencieux au taux de récidive record

Le cancer de la vessie occupe une place particulière dans le paysage oncologique français. Avec environ 13 000 nouveaux cas annuels, dont 81% chez les hommes, il figure au 5ème rang des cancers les plus fréquents dans l’Hexagone, selon l’Institut National du Cancer.
Mais c’est surtout son comportement qui pose problème. Dans plus de 80% des cas, le diagnostic révèle un cancer de la vessie non invasif sur le plan musculaire (TVNIM) : la tumeur reste localisée en surface et peut être retirée relativement facilement. Le hic ? Le taux de récidive atteint 50 à 80% dans les cinq ans, imposant une surveillance à vie tous les trois à six mois.
« Le tabagisme est le premier facteur de risque, responsable de 53% des cas chez les hommes et 39% chez les femmes », précise le Dr Jean-Pierre Roperch, biologiste moléculaire et cofondateur d’OncoDiag. Les expositions professionnelles aux substances chimiques (amines aromatiques, hydrocarbures aromatiques polycycliques) dans les industries chimiques, pétrochimiques ou de la peinture représentent quant à elles 2 à 14% des cas.
La cystoscopie : un examen redouté par les patients
Aujourd’hui, le suivi post-traitement repose quasi exclusivement sur la cystoscopie. Cet examen endoscopique, qui consiste à introduire une caméra dans la vessie par les voies naturelles, reste l’étalon-or du diagnostic. Mais son caractère invasif pose de réels problèmes d’observance.
La cytologie urinaire, l’autre méthode de surveillance, présente des limites importantes : sa sensibilité varie entre 20 et 40% pour les tumeurs de bas grade, et entre 38 et 65% pour la détection des récidives. « Cette faible performance pousse à multiplier les cystoscopies, avec toutes les conséquences que cela implique pour la qualité de vie des patients », souligne Claude Hennion, président d’OncoDiag.
Dix ans de recherche pour une innovation normande
C’est la rencontre entre le professeur Olivier Cussenot, chirurgien urologue à l’hôpital Tenon à Paris, et Jean-Pierre Roperch qui a tout déclenché. Les deux hommes ont rapidement été rejoints par Claude Hennion, physicien de formation et serial entrepreneur dans les biotechnologies, pour fonder OncoDiag en 2013.
« Il nous est apparu que le besoin dans ce domaine n’était pas le dépistage initial — forcément réalisé par cystoscopie pour analyser la gravité de la situation — mais bien le suivi des récidives, tous les trois à six mois et tout au long de la vie après le traitement du cancer initial », explique Claude Hennion.
Après une décennie de recherche en partenariat avec les CHU de Caen, Rouen et Dijon, l’équipe a mis au point Urodiag®, un test utilisant la biologie moléculaire et la technique PCR (rendue célèbre par la pandémie de Covid-19) pour détecter l’ADN tumoral dans les urines.

Urodiag : mutation et méthylation pour plus de précision
L’innovation d’OncoDiag réside dans sa double approche. « Le test combine à la fois la recherche de mutations génétiques et de méthylation de l’ADN, ce qui le rend innovant et différent de nos concurrents », précise Jean-Pierre Roperch. Cette technologie analyse les altérations spécifiques laissées par les cellules cancéreuses dans l’urine, offrant une sensibilité supérieure aux méthodes classiques.
Marqué CE-IVD depuis 2024, Urodiag® bénéficie d’une reconnaissance importante : l’Association Française d’Urologie en recommande l’essai depuis janvier 2024. « C’est indolore pour les patients, simple pour les praticiens et moins coûteux pour le système de santé », résume Claude Hennion.
La société normande a levé 2,5 millions d’euros en 2021 et obtenu des aides et subventions d’un montant équivalent. Si elle ne dégage pas encore de chiffre d’affaires conséquent, ses fondateurs espèrent « la généralisation de ce test cette année, avec une expansion vers les marchés européens et mondiaux ».
Prostate et côlon : deux autres cancers dans le viseur
OncoDiag ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Deux nouveaux tests sont attendus d’ici début 2025.
Prostadiag® : démêler l’agressif de l’indolent
Le cancer de la prostate, avec 1,3 million de nouveaux cas annuels dans le monde, pose un dilemme clinique majeur. Plus de 60% des diagnostics concernent des cancers localisés, souvent asymptomatiques et d’évolution lente. « Cancer indolent ou agressif, faut-il traiter ou non ? C’est la question que se posent toujours les urologues », constate Jean-Pierre Roperch.
Prostadiag®, actuellement en phase terminale de développement, vise à évaluer l’agressivité des tumeurs prostatiques pour éviter le surtraitement des cancers indolents. Un deuxième test dédié au dépistage initial est également en cours de développement.
Colodiag® : dépistage sanguin du cancer colorectal
Troisième cancer le plus fréquent au monde (1,85 million de cas en 2018), le cancer colorectal pourrait bénéficier d’un test sanguin de dépistage systématique. Colodiag® viendrait compléter ou améliorer le test immunochimique fécal (FIT) actuellement proposé en France aux 50-74 ans tous les deux ans.
« Si les urologues nous confirment le besoin, nous pourrions même envisager un test de dépistage initial pour le cancer de la vessie, en complément d’Urodiag®, qui reste dédié au suivi », précise Claude Hennion.
Une révolution des diagnostics non invasifs en marche
L’approche d’OncoDiag s’inscrit dans une tendance de fond : le développement des biopsies liquides et des tests non invasifs en oncologie. En France, l’institut Gustave Roussy a lancé en juillet 2024 le laboratoire Fresh, capable de réaliser 4 000 à 8 000 profilages génomiques par an à partir d’une simple prise de sang.
Ces innovations répondent à un enjeu majeur de santé publique : améliorer l’observance des suivis, réduire les coûts pour le système de santé et, surtout, préserver la qualité de vie des patients. Pour Marc et les milliers d’autres personnes concernées, c’est la promesse d’un suivi médical enfin compatible avec une vie normale.




