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10 février 2026Longtemps considéré comme une pratique ancestrale ou religieuse, le jeûne fait aujourd’hui l’objet d’un engouement scientifique sans précédent. Des cliniques allemandes aux laboratoires du Prix Nobel, les preuves s’accumulent : jeûner active des mécanismes de régénération cellulaire insoupçonnés. Décryptage d’une révolution médicale en marche.
Un Prix Nobel qui change la donne
En octobre 2016, le biologiste japonais Yoshinori Ohsumi reçoit le Prix Nobel de médecine pour sa découverte des mécanismes de l’autophagie. Ce terme grec signifiant « se manger soi-même » désigne un processus fondamental : nos cellules dégradent et recyclent leurs composants endommagés pour se régénérer. Une sorte de grand nettoyage interne qui permet aux cellules de rester jeunes et fonctionnelles.
La révélation ? Le jeûne est l’un des déclencheurs les plus puissants de ce mécanisme. « L’accumulation des agrégats de vieilles protéines dans la cellule est une des causes majeures du vieillissement« , explique la biologiste Brigitte Galliot dans Le Temps. « Or l’autophagie empêche leur formation. De plus, l’autophagie est surtout activée quand il n’y a pas d’apport en nutriment, c’est-à-dire en période de jeûne. »
LE MÉCANISME EXPLIQUÉ SIMPLEMENT
Quand vous jeûnez, votre corps passe de la consommation de glucose à celle des graisses et des cétones. Ces cétones, produites par le foie, deviennent un « super carburant » pour le cerveau et les muscles. En parallèle, l’autophagie se met en marche : les cellules commencent à « digérer » leurs propres composants défectueux, protéines abîmées, mitochondries vieillissantes, agrégats toxiques, pour les recycler en matériaux neufs.
1 422 jeûneurs suivis : ce que révèle la plus grande étude mondiale
À la clinique Buchinger Wilhelmi, réputée en Allemagne, le Pr Andreas Michalsen, professeur à l’hôpital universitaire de la Charité à Berlin, a dirigé la plus grande étude scientifique jamais réalisée sur le jeûne thérapeutique. Publiée en 2019, elle a suivi 1 422 personnes (41% d’hommes, 59% de femmes) pendant des jeûnes de 5 à 20 jours selon la méthode Buchinger (eau, tisanes, bouillons filtrés et jus dilués).
LES CHIFFRES CLÉS :
→ 93% des participants n’ont pas eu faim pendant le jeûne
→ 84% ont vu leur état de santé s’améliorer pour des pathologies graves (stéatose hépatique, hypercholestérolémie)
« Le jeûne a montré peu d’effets secondaires indésirables« , rapporte le Dr Françoise Wilhelmi de Toledo dans l’étude disponible sur le site de la clinique. « Dans des cas isolés, un sommeil agité, des maux de tête ou de la fatigue sont survenus surtout les trois premiers jours et ont été traités facilement. »
Plus impressionnant encore : le jeûne a normalisé la tension artérielle des jeûneurs et amélioré les paramètres du diabète, tels que la glycémie et le HbA1c. « Le jeûne a une répercussion très positive sur les maladies métaboliques », confirme la Dre Wilhelmi de Toledo dans un entretien accordé au magazine Sens & Santé.
Les données de 2025 : le jeûne intermittent à la loupe
Si le jeûne thérapeutique de plusieurs jours nécessite un encadrement médical, le jeûne intermittent (courtes périodes sans manger) peut être pratiqué au quotidien. La méthode 16/8, jeûner 16 heures, s’alimenter sur 8 heures, est la plus étudiée.
Une méta-analyse de 2024 regroupant plus de 5 000 participants a révélé des résultats tangibles, rapporte le site scientifique ViaSVT : perte moyenne de 4% à 8% du poids initial après douze semaines, avec une meilleure conservation de la masse musculaire qu’une restriction calorique classique.
LES BÉNÉFICES MESURÉS DU 16/8 :
- Diminution de la glycémie à jeun après un mois
- Baisse d’environ 10% des triglycérides
- Augmentation légère du HDL (le « bon » cholestérol)
- Meilleure sensibilité à l’insuline
- Amélioration de la mémoire de travail lors de tests cognitifs
Ce que dit l’Institut Pasteur
En France, l’Institut Pasteur s’est également penché sur la question. Dans une publication de juin 2024, l’institution explique que le jeûne intermittent stimule l’autophagie, ce processus de « nettoyage cellulaire » qui perd naturellement en efficacité avec le vieillissement.
« Plusieurs études ont montré que des pauses plus longues entre les repas réduisent le risque de crise cardiaque, d’accident vasculaire cérébral et de cancer« , note l’Institut Pasteur. L’autophagie serait notamment une piste prometteuse pour « nettoyer » les neurones de leurs agrégats de protéines néfastes dans des maladies comme Alzheimer ou Parkinson.
Les maladies inflammatoires en ligne de mire
Le jeûne semble particulièrement efficace sur les pathologies inflammatoires. « L’arthrite et la polyarthrite, les allergies, l’asthme ou les maladies digestives telles que les colites ou les gastrites évoluent positivement, parfois même elles sont guéries définitivement », affirme le Dr Wilhelmi de Toledo.
Une étude récente publiée dans la revue scientifique médecine/sciences en avril 2025 montre que le jeûne intermittent réduit la stéatose hépatique (foie gras) et améliore les marqueurs cardio-métaboliques chez des patients atteints de MASH (maladie métabolique du foie).
Que dit la position officielle française ?
L’Inserm a publié en 2014 un rapport d’expertise sur le jeûne à la demande du Ministère de la Santé. Conclusion nuancée : si la pratique du jeûne encadré médicalement semble globalement peu dangereuse, le rapport de l’Inserm souligne que les études sont encore trop peu nombreuses et de qualité méthodologique insuffisante pour conclure définitivement.
Toutefois, l’expertise reconnaît que « jeûner induit des modifications métaboliques qui pourraient être utilisées à bon escient dans diverses situations pathologiques. » Depuis 2014, les données scientifiques se sont considérablement étoffées, comme en témoignent les études récentes de 2024 et 2025.
⚠️ CONTRE-INDICATIONS ABSOLUES AU JEÛNE PROLONGÉ :
- Femmes enceintes ou allaitantes
- Personnes souffrant de malnutrition
- Pathologies cardiovasculaires, hépatiques ou rénales sévères
- Diabète de type 1
- Troubles de la thyroïde non contrôlés
- Personnes âgées (risque accru d’arythmie cardiaque)
- Troubles du comportement alimentaire
IMPORTANT : Tout jeûne de plus de 24 heures doit être pratiqué sous supervision médicale. Le jeûne intermittent de 12 à 16 heures est sans risque avéré pour les personnes en bonne santé.
Un outil de longévité ?
« Les études scientifiques sont sans équivoque : le jeûne est la stratégie thérapeutique la plus efficace pour la longévité », affirme la clinique Buchinger Wilhelmi dans sa synthèse scientifique d’août 2024. « En d’autres termes, le jeûne nous aide à mener une vie longue, saine et épanouie. »
Les recherches animales suggèrent que le jeûne prolonge l’espérance de vie et améliore la résistance aux maladies liées à l’âge. Chez l’humain, les études de long terme sont encore en cours, mais les premiers résultats sont prometteurs.
Le jeûne et le cancer : des pistes sérieuses
Le Dr Valter Longo, chercheur de l’Université de Californie du Sud, étudie l’association du jeûne pendant les traitements de chimiothérapie. « Les deux approches étant complémentaires, de nombreuses études ont prouvé un effet synergique de leur action », rapporte Carole Girard, diététicienne-nutritionniste spécialisée.
Le principe : pendant le jeûne, les cellules saines passent en « mode protection« , tandis que les cellules cancéreuses, plus gourmandes en glucose, restent vulnérables aux traitements. Des études cliniques sont actuellement en cours pour valider cette approche.
Comment se lancer en sécurité ?
Pour les personnes en bonne santé souhaitant découvrir les bienfaits du jeûne, le jeûne intermittent 12/12 ou 16/8 constitue un bon point de départ :
- 12/12 : Jeûner 12 heures (exemple : dernier repas à 20h, petit-déjeuner à 8h)
- 16/8 : Jeûner 16 heures (exemple : dernier repas à 20h, premier repas à 12h le lendemain)
CONSEILS PRATIQUES :
- Commencer progressivement avec des fenêtres de jeûne courtes
- Bien s’hydrater (eau, thé, tisanes sans sucre)
- Privilégier des aliments nutritifs pendant la fenêtre alimentaire
- Écouter son corps et adapter selon ses sensations
- Consulter un professionnel de santé avant de débuter, surtout si vous avez des pathologies
Le 2ème Congrès International du Jeûne : rendez-vous à Paris
Pour approfondir le sujet, le 2ème Congrès International du Jeûne se tiendra les 7 et 8 mars 2026 à Paris. Organisé par La Maison du Jeûne, l’Académie Médicale du Jeûne et la Fédération Francophone Jeûne et Randonnée, l’événement réunira les plus grands experts internationaux, dont le Pr Andreas Michalsen, le Pr Peter Schwarz (expert mondial du diabète), la Dre Nadia Leticée-Baron (gynécologue spécialisée) et le Dr Jean-Loup Mouysset (oncologue).
Avec 25 conférences et des heures de questions-réponses, ce congrès accessible au grand public (tarif : 79€ en distanciel, 200€ en présentiel) permet d’accéder directement aux connaissances scientifiques les plus récentes. Plus d’informations sur lecongresdujeune.com.
SOURCES SCIENTIFIQUES CITÉES DANS CET ARTICLE :
• Institut Pasteur – Jeûne intermittent : un nettoyage cellulaire pour une meilleure santé (juin 2024)
• Clinique Buchinger Wilhelmi – La plus grande étude mondiale sur le jeûne (1 422 participants)
• ViaSVT – Jeûne intermittent : que dit réellement la science en 2025 ?
• Inserm – Évaluation de l’efficacité de la pratique du jeûne (rapport 2014)
• Magazine Sens & Santé – Interview Dr Françoise Wilhelmi de Toledo
• Revue médecine/sciences – Efficacité du jeûne intermittent sur la maladie métabolique du foie (avril 2025)
• Le Temps – Yoshinori Ohsumi, Prix Nobel de médecine 2016
• Carole Girard – Pourquoi le jeûne est-il bénéfique à notre santé ? (mai 2025)
• Buchinger Wilhelmi – Pourquoi est-il sain de jeûner ? (août 2024)
Note de la rédaction : Cet article est basé sur des études scientifiques publiées et des sources médicales vérifiables. Il ne remplace pas un avis médical personnalisé. Consultez toujours un professionnel de santé avant d’entreprendre un jeûne, notamment si vous avez des problèmes de santé ou prenez des médicaments.




